Mise à jour pour le mois de sensibilisation au syndrome du côlon irritable

C’est de nouveau le mois de la sensibilisation au syndrome du côlon irritable (SCI). J’ai pensé vous donner une mise à jour pour faire suite à mon article de l’an passé sur le sujet. Je vis avec le SCI depuis plusieurs années maintenant. J’ai commencé à avoir des problèmes quand j’étais adolescente (je dirais autour de 15 ans). C’était une période particulièrement stressante pour moi. Mes parents avaient divorcé dans les dernières années et j’allais déménager à cinq heures d’où je vivais. Également, avec tous les changements, mon alimentation avait beaucoup changé. Au début, mes symptômes n’étaient pas aussi fréquents ou importants qu’avant que j’entreprenne la diète faible en FODMAP. Plusieurs personnes avaient des théories farfelues sur la raison de mes problèmes. Même moi, j’avais fréquemment des symptômes quand je faisais la vaisselle (je faisais la vaisselle chaque soir à l’époque), donc je pensais que l’eau chaude activait mon système digestif (on se rappelle que j’étais ado hihihi)! J’avais surtout des symptômes à l’heure du souper à l’époque. Éventuellement, j’ai commencé à en avoir un peu après n’importe quel repas.

L’an dernier, quand j’ai écrit mon article, j’étais en phase de réintroduction de la diète faible en Fodmap (je décris plus la diète dans mon autre article). J’ai maintenant terminé cette phase depuis au moins 10 mois. J’ai trouvé les aliments qui sont la principale cause de mes problèmes. Je sais maintenant que je suis intolérante au lactose et au fructane. Les deux ‘bullies’ de mon système digestif ! J’ai beaucoup moins de symptômes maintenant. Souvent j’en ai parce que j’ai un aliment inhabituel et je n’ai pas eu le réflexe de regarder si ça contient du fructane. Ou quand j’ai besoin de prendre de l’ibuprofène ou de l’acétaminophène.

Le lactose

On pourrait croire que c’est étonnant que je ne sache pas encore que j’étais intolérante au lactose depuis le temps où j’ai des symptômes. En plus, j’avais quelqu’un dans mon entourage qui est intolérant au lactose et que celle-ci touche environ 44% des Canadiens selon une étude qui a été publiée dans le Journal de l’Association canadienne de gastroentérologie (Fung et al, 2020) [EN]. Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles je n’avais jamais pensé que j’avais des difficultés avec le lactose.

Pour commencer, j’avais la fausse croyance qu’être intolérant au lactose voulait dire que je ne peux rien manger qui est fait à base de lait. Par contre, une grosse partie des fromages sont faibles en lactose. Personnellement, je n’ai aucun problème à en manger une portion normale. Également, chaque personne peut consommer des quantités de lactose différentes avant d’avoir des symptômes d’intolérances.

Ensuite, comme je ne réagis pas seulement aux lactoses, j’avais des symptômes similaires même si je n’en avais pas consommé. De plus, pendant une période, j’avais tellement souvent des symptômes que parfois je me sentais relativement ‘normal’ après avoir consommé du lactose (notamment de la crème glacée) même si j’avais probablement des symptômes suite à son ingestion plus tard. Généralement, les symptômes devraient arriver de 30 minutes à 2 heures après l’ingestion du produit laitier, mais j’avais constamment des symptômes. La diète faible en FODMAP m’a vraiment aidé pour démêler tout ça! J’ai généralement des symptômes dans les 30 minutes qui suivent l’ingestion de lactoses.

Il est également important de noter qu’il y a aussi des produits qui ont des substances laitières modifiées et que l’on ne le soupçonne pas. Par exemple, j’ai découvert juste récemment que certaines sortes de saucisses hot dog en contiennent. C’est super important donc de bien lire tous les ingrédients sur les emballages quand on mange des aliments transformés et de se renseigner dans les restaurants (même si on se peut se sentir un peu agaçant avec nos milles questions)! Personnellement, je tolère vraiment mal les substances laitières modifiées, même une petite quantité me fait beaucoup réagir!

Finalement, je sais maintenant que même en consommant des produits dit ‘sans lactose’, je peux également réagir aux lactoses. Beaucoup des produits sans lactose ont en fait du lactose, mais il compense celui-ci en ajoutant de la lactase qui est l’enzyme que notre corps devrait produire pour digérer le lactose. Ceci fait que la plupart des gens intolérants au lactose seront en mesure de les consommer, mais pas tout le monde en fonction des limites de la personne. Même que dans mon cas, les fameux Lactaid ne semblent pas toujours faire le travail dans certaines situations.

( ! ) Certaines personnes qui pensent être intolérantes au lactose pourraient plutôt être intolérantes aux protéines A1 de lait de vache. Il y a des produits laitiers qui contiennent plutôt des protéines A2 ce qui rend le lait digeste pour les gens intolérants aux A1. Ici au Québec, il y a entre autres la ferme Phylum qui en produit et qui fait de très bons fromages!

Les sources de fructane

Les tests pour le fructane peuvent être séparés en plusieurs catégories, car certaines personnes semblent ne pas réagir aux mêmes niveaux à tous les aliments qui en ont. Quand je l’ai testé, ma nutritionniste m’a fait séparer l’ail, l’oignon et le blé. Il y a certaines personnes qui semblent avoir surtout des problèmes avec l’ail et/ou l’oignon. Malheureusement, pour ma part, j’ai des problèmes avec tout ça.

Les fructanes sont également présents dans beaucoup d’autres aliments (asperge, pistache, mangue, …) et certaines boissons (tisane à la camomille, thé noir, …). Les limites que l’on peut consommer sont différentes pour chaque aliment et, aussi, pour chaque personne. La diète faible en FODMAP permet de trouver jusqu’à quelle quantité nous pouvons consommer chaque type d’aliment. Le but de la diète n’étant pas de complètement éliminer les aliments de son alimentation, mais simplement de tester une petite quantité et augmenter jusqu’à ce que les symptômes soient présents. Cela nous permet de savoir combien on peut en manger, tout en restant sans aucun symptôme. L’université Monash a produit une application super utile pour aider à se diriger un peu plus dans nos choix et c’est possible de la mettre en français au besoin.

Pour ma part, je semble réagir fortement à la présence d’ail et d’oignon, tandis que j’ai une petite marge avec le blé. Le blé (pain et pâte) était très présent dans mon alimentation (quotidiennement). L’ail et l’oignon revenaient aussi assez souvent (possiblement quotidiennement aussi). Je suis également une grande amatrice de thé noir et avant j’en buvais plusieurs fois par semaine (si ce n’était pas chaque jour). On peut donc dire que j’alimentais (hihihi!) constamment mes symptômes sans le savoir.

Mes symptômes liés au fructane surviennent généralement le lendemain, mais comme je consommais au moins une source contenant du fructane par jour… Eh bien, j’avais des symptômes tous les jours! D’où la raison que mon intolérance au lactose et au fructane était difficilement distinguable. Maintenant, je reconnais un peu plus les symptômes entre les deux même s’ils restent tout de même assez similaires. Par exemple, j’ai tendance à faire plus de ballonnements pour le fructane, car les gaz semblent rester plus longtemps dans mon intestin vu que les fructanes ne sont pas évacués aussi rapidement que le lactose.

Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que les limites pour un même FODMAP ne s’additionnent pas. Par exemple: si l’on mange des pâtes de blé à la quantité acceptable, nous devons faire attention à ne pas manger un autre aliment qui contient du fructane dans le même repas. Si l’on mange un aliment contenant du fructane lors d’une collation, il se peut que l’on doive l’éviter complètement au prochain repas. Pour ma part, on m’a conseillé d’attendre au moins deux heures entre les repas pour remettre ma limite à zéro. 

C’est également super important de lire les ingrédients pour éviter le fructane. Il y a souvent de la poudre d’oignon ou d’ail dans les aliments transformés. Parfois ce n’est pas écrit directement, car nous n’avons que la fameuse mention ‘épices’. Également, si vous souhaitez éviter le lactose par une alternative végétale, il y a fréquemment de l’inuline dans ceux-ci. L’inuline est riche en fructane, donc votre yogourt pourrait tout de même ne pas être adéquat en fonction de vos différentes intolérances.

( ! ) L’intolérance au gluten est différente, mais il est possible d’acheter certains pains ou type de pâtes sans gluten et ils seront fonctionnels pour les gens intolérants au fructan. Il faut juste regarder les types de farines utilisés. Également, dans les restaurants, c’est maintenant souvent possible d’avoir des pains sans gluten (quoique pas toujours super agréable au goût ou en matière de texture).

Les cosses de psyllium

Je suis un peu vendue au psyllium parce que dès que j’ai commencé à en prendre sans avoir trop commencé la diète faible en FODMAP, j’ai déjà vu une certaine amélioration dans la qualité de mes selles. Maintenant, j’en prend encore chaque jour, en l’ajoutant le matin dans un gruau préparé la veille. Je vois une différence quand je ne le prends pas parce que je déjeune d’autres choses et que je l’oublie. J’ai aussi testé deux marques différentes et il y en a une qui semble être plus efficace pour moi (Rootalive). J’invite donc les gens à faire des tests.

Autres facteurs contribuants

Même sans la présence de FODMAPs, j’ai certaines situations qui semblent des facteurs déterminants à mes symptômes:

  • Les aliments gras;
  • Trop manger dans un repas (pas seulement les fameux ‘ballonnements’ ressentis normalement par le commun des mortels);
  • L’alcool (je bois très peu maintenant, et on s’entend que ce n’est pas bon tout court);
  • Les médicaments (du style ibuprofen et acétaminophène)… ce qui peut être bien malcommode parfois;
  • Les changements de température importants (passer à un espace climatisé l’été);
  • Simplement avoir trop chaud (magasiner avec un manteau d’hiver ou les journées très chaudes d’été);
  • La fatigue (tout va moins bien de toute façon);
  • Trop de stress (ben oui le maudit stress) ou l’anxiété;
  • L’entourage peu compréhensible de votre situation. C’est vraiment une cause de stress très important sur votre état. Je sais que j’ai déjà nommé le stress comme facteur, mais je tiens à mettre celui de l’avant. Avoir une équipe pour vous aider et non pour vous blâmer, c’est vraiment un plus!

Conclusion

De mon expérience, trouver ce qui peut aider à mieux vivre avec les symptômes du SCI est spécifique à chaque personne et leurs besoins. J’ai lu beaucoup d’articles qui prêchent beaucoup la méditation et l’hypnose. Personnellement, j’ai essayé les deux pendant une période de temps relativement importante sans amélioration. D’autres personnes préfèrent utiliser la médication ou les probiotiques. Pour moi, les médicaments n’étaient pas mon choix préféré, car j’ai tendance à souvent avoir des effets secondaires avec ces derniers. Aussi, je n’aime pas l’idée d’être dépendant d’une pilule pour aller mieux et, dans ce cas, j’ai le choix de ne pas l’être (laissons ça pour les problèmes qui en exigent). Les probiotiques semblent ne faire absolument rien pour moi.

Je pense que l’important c’est de se sentir bien et de ne pas se créer de stress supplémentaire à cause de nos choix. J’ai eu la chance d’avoir un conjoint qui m’a aidé dans ma diète (c’est lui qui cuisine la plupart du temps) et de consulter une nutritionniste pour guider mes choix. Ce n’est pas toujours accessible pour tout le monde et je me sens privilégié d’avoir pu le faire.

( ! ) Dans mon dernier article sur le SCI, j’ai mis plein de liens intéressants pour des ressources à propos du SCI et de la diète faible en FODMAP.